JLLT

Since its inception in 2010, the Journal of Linguistics and Language Teaching (JLLT) has been dedicated to providing a platform for academic publication. JLLT is a multilingual, open access, DOAJ-indexed journal.
For access to the journal's website and downloadable PDF files of all published issues, please navigate to:
https://www.journaloflinguisticsandlanguageteaching.com


edited by Thomas Tinnefeld

Volume 16 (2025) Issue 2 (PDF)



Articles


Les réalités multilingues dans l’enseignement du français au Canada : une conversation compliquée 

Meike Wernicke (Université de la Colombie-Britannique, territoire xʷməθkʷəy̓əm, Canada) 


Meike Wernicke (Université de la Colombie-Britannique, territoire xʷməθkʷəy̓əm, Canada) 

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 135-153 (PDF)

DOI   10.5281/zenodo.18089625

Résumé (Français)

Traditionnellement, une exploration d’autres réalités évoque la traversée de frontières géographiques et politiques afin d'éprouver l'immersion dans une langue ou culture autre que la sienne. Cet article remet en question cette notion de « frontière » et examine ce que signifie impliquer les futurs enseignants dans des réalités multilingues et interculturelles si évidentes dans nos écoles. La discussion de deux projets de recherche menés dans l'ouest du Canada démontrera que, de nos jours, la vie quotidienne est en fait une expérience multilingue et interculturelle à laquelle nous devons faire face en tant qu'éducateurs dans nos salles de classe. La première étude examine la construction identitaire des étudiants-maîtres en français langue seconde, en particulier la manière dont cette construction s'effectue dans un processus de racialisation ou d'altérisation. Le deuxième projet vise à mieux comprendre comment soutenir les efforts de revitalisation des langues autochtones dans les programmes de français langue seconde au Canada. Dans les deux cas, la notion de frontière est reconceptualisée en tant que positionnement relationnel.


Abstract  (English)

Exploring other realities is generally considered to involve crossing geopolitical borders in order to immerse oneself in a language or culture other than one's own. This article challenges this notion of 'borders' by examining what it means for future language teachers to engage with the multilingual and intercultural realities of today's schools. Two research projects conducted in Western Canada demonstrate that everyday life is, in fact, a multilingual and intercultural experience that educators must address in the classroom. The first study examines how French language teacher candidates engage with their own multilingual identities in relation to raciolinguistic ideologies and processes of racialisation. The second project aims to improve our understanding of how to support the revival of local First Nations languages in French as a second language programmes in Canada. In both cases, the notion of boundary is reconceptualised as relational positioning.




Construire la compréhension de l’interculturel en tant que continuum

Véronique Lemoine-Bresson (Université de Lorraine, ATILF (CNRS), France)

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 155-172 (PDF)

DOI   10.5281/zenodo.18089880

Résumé (français)

La synthèse de 57 de mes travaux de recherche articulant théorie et pratique de terrain, menés en collaboration avec des enseignants, étudiants et chercheurs m’ont permis de co-construire et formaliser la compréhension de l’interculturel en éducation et formation. Intrinsèquement expérientiel et formalisé en tant que continuum, l’interculturel est centré sur l’altérité et les relations entre soi, autrui et les objets porteurs de récits. Ce continuum engage une perspective large, intégrant les enjeux liés au genre, à la classe sociale, au handicap ou à la race, sans exhaustivité, dans une perspective intersectionnelle. L’interculturel devient indissociable des rapports de pouvoir et des formes de domination qu’il convient de mettre au jour par la déconstruction. Cet article explore ainsi des processus qui construisent des frontières entre les individus – telles que l’homogénéisation, l’altérisation, l’assignation ou la formation des regards oppositionnels – dans une visée critique et praxéologique. Il propose quatre domaines d’action et d’indignation (interpersonnel, structurel, idéologique, légal/politique) pour favoriser des activités et des pratiques éducatives inclusives à l’école. Jamais tari, l’interculturel nécessite une réflexion critique en continu à partir de dimensions épistémique, épistémologique, sémiologique et didactique, nourrie par l’expérience et la recherche.


Abstract (English)

The synthesis of 57 of my research projects combining theory and fieldwork, conducted in collaboration with teachers, students and researchers, has enabled me to co-construct and formalise an understanding of interculturality in education and teacher training. Inherently experiential and formalised as a continuum, interculturality focuses on otherness and the relationships between oneself, others, and objects that create narratives. This continuum takes a wide view, incorporating issues related to gender, social class, disability, and race, among others, from an intersectional perspective. Interculturality becomes indissociable from power relations and forms of domination that must be deconstructed. This article takes a critical and praxeological perspective to explore categories with porous boundaries that construct divisions between individuals, such as homogenisation, otherisation, assignment or oppositional views. It puts forward four domains of action and indignation — interpersonal, structural, ideological and legal/political — to encourage more inclusive educational activities and practices in schools. Interculturality is a never-ending process that requires continuous critical reflection based on epistemic, epistemological, semiological and teaching-learning dimensions, informed by experience and research.




Voyager entre les langues et les cultures au sein d’un album de jeunesse trilingue

Esa Christine Hartmann (Université de Strasbourg, France) 

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 173-187 (PDF)

DOI   10.5281/zenodo.18089926

Résumé (français)

La synthèse de 57 de mes travaux de recherche articulant théorie et pratique de terrain, menés en collaboration avec des enseignants, étudiants et chercheurs m’ont permis de co-construire et formaliser la compréhension de l’interculturel en éducation et formation. Intrinsèquement expérientiel et formalisé en tant que continuum, l’interculturel est centré sur l’altérité et les relations entre soi, autrui et les objets porteurs de récits. Ce continuum engage une perspective large, intégrant les enjeux liés au genre, à la classe sociale, au handicap ou à la race, sans exhaustivité, dans une perspective intersectionnelle. L’interculturel devient indissociable des rapports de pouvoir et des formes de domination qu’il convient de mettre au jour par la déconstruction. Cet article explore ainsi des processus qui construisent des frontières entre les individus – telles que l’homogénéisation, l’altérisation, l’assignation ou la formation des regards oppositionnels – dans une visée critique et praxéologique. Il propose quatre domaines d’action et d’indignation (interpersonnel, structurel, idéologique, légal/politique) pour favoriser des activités et des pratiques éducatives inclusives à l’école. Jamais tari, l’interculturel nécessite une réflexion critique en continu à partir de dimensions épistémique, épistémologique, sémiologique et didactique, nourrie par l’expérience et la recherche.


Abstract (English)

The synthesis of 57 of my research projects combining theory and fieldwork, conducted in collaboration with teachers, students and researchers, has enabled me to co-construct and formalise an understanding of interculturality in education and teacher training. Inherently experiential and formalised as a continuum, interculturality focuses on otherness and the relationships between oneself, others, and objects that create narratives. This continuum takes a wide view, incorporating issues related to gender, social class, disability, and race, among others, from an intersectional perspective. Interculturality becomes indissociable from power relations and forms of domination that must be deconstructed. This article takes a critical and praxeological perspective to explore categories with porous boundaries that construct divisions between individuals, such as homogenisation, otherisation, assignment or oppositional views. It puts forward four domains of action and indignation — interpersonal, structural, ideological and legal/political — to encourage more inclusive educational activities and practices in schools. Interculturality is a never-ending process that requires continuous critical reflection based on epistemic, epistemological, semiological and teaching-learning dimensions, informed by experience and research.



Pratiques de télécollaborations interculturelles, enjeux curriculaires et démocratiques

Martine Derivry-Plard (Université de Bordeaux, France)

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 189-206 (PDF)

DOI   10.5281/zenodo.18090099

Résumé (Français)

En s’appuyant sur près de vingt ans de pratiques de télécollaborations interculturelles, cet article propose de dégager les enjeux curriculaires et démocratiques pour la formation de demain que ces dispositifs mettent au travail dès l’enseignement primaire jusqu’à l’enseignement supérieur. Il assume le terme de télécollaborations interculturelles qui semble plus adapté au terme actuellement en cours d’échanges virtuels et prend en compte l’historicité et la spécificité de ces dispositifs pour l’enseignement des langues. À partir d’exemples concrets, trois grandes configurations sont proposées permettant une première modélisation de ces dispositifs pour les enseignements de langues et en langues. Les télécollaborations interculturelles s’avèrent ainsi proposer une reconsidération du curriculum des langues pour lequel les objectifs sont renversés : la communication interculturelle devient l’objectif premier et le linguistique, l’objectif second et indispensable à l’appui et à l’étayage du premier. De plus, une analyse plus approfondie de ces dispositifs encourage la conceptualisation d'un curriculum plurilingue et pluriculturel en éducation, qui serait un levier d'une éducation démocratique et inclusive, formant à une citoyenneté interculturelle.


Abstract (English)

Drawing on nearly twenty years of intercultural telecollaboration practices, this article proposes to identify the curricular and democratic issues for tomorrow's training that these learning environments put to work from primary to higher education. It assumes the term intercultural telecollaborations, which seems more appropriate than the current term virtual exchanges, and takes into account the historicity and specificity of these learning environments for language teaching. Based on concrete examples, three main configurations are proposed, enabling an initial modelling of these intercultural telecollaborations for language teaching and learning. Thus, intercultural telecollaborations appear to offer a new approach to the language curriculum, with reversed objectives: intercultural communication becomes the primary objective, while linguistics becomes the secondary objective that is essential to supporting and underpinning the former. In addition, a more precise analysis of these learning environments encourages the conceptualisation of a plurilingual and pluricultural curriculum in education, as a lever for a democratic, inclusive education leading to intercultural citizenship.




Enseigner les langues romanes à l'aide de l'intelligence artificielle : développement, utilisation et évaluation de modules numériques


Maximilian Irion (Université Johann Wolfgang Goethe, Francfort-sur-le-Main, Allemagne)

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 207-224 (PDF)

DOI   10.5281/zenodo.18089999

Résumé (français)

Cet article examine les opportunités et les défis que l’intelligence artificielle (IA) apporte à l’enseignement et à l’apprentissage des langues étrangères. Pour ce faire, il analyse en premier lieu la pertinence des technologies d’IA pour l’enseignement du français et de l’espagnol dans le système scolaire allemand, en lien avec la politique éducative et plusieurs travaux théoriques et empiriques récents. En deuxième lieu, l’article présente les programmes numériques de formation continue intitulés L’utilisation de l’IA lors de l’enseignement-apprentissage des langues française et espagnole, qui ont été développés à l’université Goethe de Francfort-sur-le-Main, mis en œuvre auprès de 457 enseignants allemands et évalués scientifiquement. Pour conclure, les analyses montrent dans quelle mesure ces programmes favorisent une utilisation critique et réfléchie de l’IA dans l’enseignement du français et de l’espagnol.


Abstract (English)

This article explores the opportunities and challenges that artificial intelligence (AI) introduces into foreign language teaching and learning. It first examines the relevance of AI technologies for French and Spanish instruction within the German school system, considering educational policy, as well as recent theoretical and empirical research. Building on this analysis, the article presents the digital professional development programs The Use of AI in Teaching and Learning French and Spanish, developed at Goethe University Frankfurt, implemented with 457 teachers in Germany, and scientifically evaluated. The findings demonstrate how these programs foster a critical and reflective use of AI in French and Spanish language education.


Journal of Linguistics and Language Teaching

Volume 16 (2025) Issue 2

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 127-129


Editorial  

It is a pleasure to introduce the second issue of the year 2025 to our readers and the wider academic community. As the Journal of Linguistics and Language Teaching (JLLT) continues its mission to provide a sound, open-access platform for scholarly exchange, this issue represents another step forward in our commitment to fostering a dialogue between theoretical linguistics and practical language methodology.

The history of JLLT began in January 2010, when it was founded to address a perceived gap in academia – specifically, the need for a journal that explicitly bridges the divide between (applied) linguistic research and the varied and ever-evolving field of language teaching. Since its inception, JLLT has operated as a biannual, peer-reviewed organ, maintaining its independence from institutional authorities while growing into a global conduit for researchers. Over the past sixteen years, it has evolved from a nascent project into an established international forum, welcoming contributions in English, German, French, and Spanish, and consistently upholding high standards of academic rigor through its double-blind review process.

The present issue marks a significant milestone in our editorial history. We are pleased to announce that JLLT is now indexed as a Diamond Open Access journal. This status reaffirms our dedication to high standards of transparency and quality in scholarly publishing. By operating under the Diamond model, we ensure that the journal remains free of charge for both readers and authors, removing financial barriers to the dissemination of knowledge.

Furthermore, after the first thematic issue on Artificial Intelligence in Foreign Language Teaching (JLLT 14 (2023) 2), this volume constitutes the second thematic issue of the journal and, apart from this Editorial, the very first in our history to be published completely in French. As the editor, I am satisfied to see the journal’s multilingual policy reach this level of fruition. While JLLT has always encouraged submissions in various languages, dedicating an entire issue to the French-speaking academic community allows for a more concentrated exploration of linguistic and pedagogical nuances specific to this language area. It is a gratifying development that underscores our role as a truly international and multilingual platform.

In this vein, I would like to encourage authors worldwide to submit their potential contributions in English, but also in French, Spanish, and German.

In conclusion, I would like to thank the authors for their insightful contributions and the reviewers for their invaluable expertise in ensuring the quality of this volume. It is our hope that the articles presented here will not only inform current academic debates but also offer practical inspiration for language practitioners in the classroom. We look forward to the continued impact of these findings and to the future growth of our scholarly community.




Avant-propos

C’est avec une satisfaction particulière que je présente ce second numéro de l’année 2025 de la revue Journal of Linguistics and Language Teaching (JLLT). Si notre revue s’est toujours attachée à promouvoir le dialogue entre la recherche linguistique et les pratiques de terrain, ce volume marque une étape inédite et symbolique dans notre parcours éditorial : il s’agit du tout premier numéro de l’histoire de la JLLT intégralement rédigé en français.

Depuis sa fondation en 2010, la JLLT s’est construite sur un socle de plurilinguisme, acceptant des contributions en anglais, allemand, espagnol et français. Cette ouverture reflète notre conviction que la pensée scientifique gagne en précision et en profondeur lorsqu'elle s'exprime dans la diversité des langues de recherche. En consacrant l'intégralité de ce numéro thématique au français, nous ne faisons pas seulement un choix de diffusion, mais nous affirmons une position épistémologique : celle de reconnaître le français comme un important vecteur de conceptualisation scientifique dans le domaine de la linguistique et de la didactique des langues étrangères.

Le choix d'un numéro exclusivement francophone répond à une nécessité académique. La tradition linguistique française, riche de ses fondements théoriques et de ses évolutions contemporaines, fournit des outils d'analyse spécifiques qui irriguent les différents domaines de la discipline. 

Par ailleurs, ce numéro témoigne de la vitalité de la recherche en français à travers le monde. La Francophonie scientifique est une réalité dynamique, et la JLLT se doit d’être un miroir de cette pluralité géographique. En rassemblant des chercheurs issus d'horizons divers autour de problématiques communes, nous favorisons un brassage d’idées qui enrichit notre compréhension des mécanismes langagiers et des processus d'apprentissage. Ce numéro offre une plateforme où la recherche fondamentale rencontre les préoccupations concrètes de la salle de classe, le tout porté par une langue qui unit des praticiens et des théoriciens d'origines différentes.

Cette ambition trouve un écho tout particulier dans la thématique centrale de ce numéro : « Frontières linguistiques, frontières culturelles ». À l'heure où les mobilités humaines et numériques redéfinissent nos rapports à l'altérité, la notion de « frontière » ne peut plus être perçue comme une simple ligne de démarcation, mais doit être appréhendée comme un espace de contact, de friction et de médiation. Les articles  rassemblés ici explorent la porosité de ces limites : comment les structures linguistiques influencent-elles la perception des barrières culturelles ? Comment les enseignants et les apprenants négocient-ils cet « entre-deux » linguistique pour construire un sens commun ? En choisissant le français pour traiter de ces frontières, nous soulignons que la langue elle-même est un territoire mouvant, capable de jeter des ponts entre des contextes socioculturels variés, par exemple en Europe avec la région SaarLorLux, qui réunit le Land de la Sarre en Allemagne, la Lorraine en France et le Luxembourg.

J’espère que nos lecteurs trouveront dans ces pages non seulement des réponses à leurs questionnements scientifiques potentiels, mais aussi une source d'inspiration pour leurs pratiques pédagogiques. 

Je tiens à exprimer notre gratitude aux auteurs qui ont contribué à cette réussite, ainsi qu’aux membres du Comité consultatif éditorial pour leur expertise exigeante. Que ce numéro soit le reflet d'une recherche vivante, accessible et rigoureuse au service de la communauté linguistique francophone.


Thomas Tinnefeld

JLLT

Directeur scientifique






Journal of Linguistics and Language Teaching

Volume 16 (2025) Issue 2

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 131-132


Préface

J’ai le plaisir de présenter ce nouveau numéro thématique sur le thème « Frontières linguistiques, frontières culturelles ». À une époque où la fluidité des échanges et la complexification des identités interrogent nos cadres de pensée traditionnels, la notion de « frontière » ne peut plus être appréhendée comme une simple ligne de démarcation. Elle s'impose désormais comme un objet d'étude polymorphe, agissant tour à tour comme zone de contact, espace de tension ou lieu de médiation.

Ce volume du JLLT réunit cinq contributions issues de contextes académiques variés - le Canada, la France et l’Allemagne - offrant ainsi une perspective internationale et interdisciplinaire sur les défis actuels de la didactique des langues et de l'interculturel.

Le numéro s'ouvre sur une remise en question fondamentale des paradigmes traditionnels de la mobilité. Meike Wernicke (Université de la Colombie-Britannique, Canada) nous invite à repenser la frontière non plus comme un franchissement géographique, mais comme un « positionnement relationnel ». À travers l'analyse de deux projets de recherche menés dans l'Ouest canadien, l'auteure explore la complexité des identités chez les futurs enseignants de français langue seconde. Elle met en lumière les processus de racialisation et d'altérisation qui traversent les salles de classe, tout en soulignant l'importance cruciale de soutenir la revitalisation des langues autochtones au sein même des programmes de français.

Ce questionnement sur l'altérité trouve un écho théorique puissant dans l'article de Véronique Lemoine-Bresson (Université de Lorraine, France). S'appuyant sur une synthèse impressionnante de 57 travaux de recherche, l'auteure formalise une compréhension de l'interculturel envisagée comme un « continuum ». En intégrant une perspective intersectionnelle - croisant les enjeux de genre, de classe sociale, de race et de handicap - elle déconstruit les mécanismes de domination et d'assignation identitaire. Sa proposition, à la fois critique et praxéologique, définit quatre domaines d'action (interpersonnel, structurel, idéologique et légal) pour transformer l'indignation en une pédagogie de l'inclusion.

Le lien entre ces deux premières contributions réside dans la volonté de dépasser une vision binaire du « soi » et de « l'autre ». Cette transition s'opère par le biais de supports et de dispositifs favorisant la circulation entre les codes. Esa Christine Hartmann (Université de Strasbourg, France) nous propose une exploration du « voyage » linguistique et culturel à travers un album de jeunesse trilingue. Dans cet espace littéraire, la frontière devient poreuse : les langues ne se juxtaposent pas simplement, elles interagissent pour créer un univers de médiation où le jeune lecteur apprend à naviguer entre différents imaginaires. L’album devient alors un objet sémiologique et didactique privilégié pour éprouver l'altérité dès le plus jeune âge.

Prolongeant cette réflexion sur l'interaction, Martine Derivry-Plard (Université de Bordeaux, France) analyse l'évolution de vingt ans de pratiques numériques. En privilégiant le terme de « télécollaborations interculturelles » sur celui d'échanges virtuels, elle souligne la dimension profondément humaine et politique de ces dispositifs. L'originalité de son approche réside dans un renversement curriculaire audacieux : la communication interculturelle devient l'objectif hégémonique de l'apprentissage, tandis que la compétence linguistique se transforme en un outil d'étayage indispensable mais secondaire. Cette approche vise, in fine, à forger une citoyenneté interculturelle au service d'une éducation démocratique.

Enfin, ce numéro ne pouvait faire l'économie d'une réflexion sur la frontière technologique qui redéfinit actuellement nos pratiques enseignantes. Maximilian Irion (Université Johann Wolfgang Goethe, Allemagne) explore les opportunités et les défis soulevés par l’intelligence artificielle (IA) dans l'enseignement des langues romanes (français et espagnol) au sein du système scolaire allemand. En rendant compte d'une étude scientifique menée auprès de 457 enseignants, l'auteur démontre comment la formation continue peut favoriser une utilisation critique et réfléchie de l'IA. Cette contribution clôt le volume en rappelant que la frontière technologique, si elle est pensée avec discernement, peut devenir un levier d'innovation pédagogique plutôt qu'une menace pour l'interaction humaine.

En parcourant ces articles, nos lecteurs percevront un fil conducteur solide : la nécessité de passer d'une vision statique de la langue et de la culture à une vision dynamique et critique. Qu'il s'agisse de déconstruire les rapports de pouvoir, de médiatiser la rencontre par le récit ou l'échange numérique, ou d'intégrer les nouveaux outils numériques, tous les auteurs s'accordent sur un point : l'éducation aux langues est avant tout une éducation à la relation humaine. 

J'espère que ces explorations récentes sauront nourrir vos réflexions et ouvrir de nouvelles pistes pour vos recherches et vos pratiques. Je vous souhaite une excellente lecture.

Thomas Tinnefeld

JLLT

Directeur scientifique



Journal of Linguistics and Language Teaching

Volume 16 (2025) Issue 2

Journal of Linguistics and Language Teaching 16 (2025) 2, 189-206 (PDF)

DOI   10.5281/zenodo.18090099